Aken’ni Elao restituée à la République fédérale du Nigéria le 20 avril 2026
Défense d’autel sculptée
Nigeria, Royaume de Bénin. 18e siècle
Ivoire, traces de brûlures. L: 150 cm; l: 38 cm
Commandée aux Igbesanmwan, la guilde royale des sculpteurs sur ivoire, par le Palais royal de Bénin, probablement par l’Oba Eresonyen vers 1735 ; héritée par descendance jusqu’au règne de Oba Ovonramwen (Ovonramwen Nogbaisi, 1857 - vers 1914 ; règne : 1888 - 1897) ; pillée en 1897 au Palais royal pendant l'occupation militaire britannique de Bénin – la défense porte les traces de brûlures du grand incendie de la capitale ; vendue par (?) le 11 août 1898 à la maison de ventes aux enchères Stevens à Londres ; entrée en possession de l’antiquaire William D. Webster (1868-1913) entre 1898 et 1902 puis vendue par lui le 3 juin 1902 à la maison de ventes aux enchères Stevens, le numéro d’inventaire Webster « nº 5443 » est toujours lisible sur la défense ; en 1948, mise en vente par la Berkeley Gallery (William Ohly) de Londres, la défense est achetée par le Musée d’ethnographie de Genève pour 2571,30 .- CHF
ANCIEN MEG Inv. ETHAF 021934
La majestueuse défense d’éléphant célébrait autrefois la mémoire royale au sein d’un sanctuaire du complexe palatial de Bénin où les autels consacrés aux rois défunts réunissaient les objets sacrés, « bronzes » et ivoires aujourd’hui disséminés dans le monde entier. Elle pourrait être l’une des plus anciennes conservées en Europe. Il s’agirait en effet de l’une des premières défenses sculptées sur leur entière surface. En son centre, le souverain, Oba Ozolua le Conquérant (vers 1481-1504), est désigné comme la figure principale.
Cette défense d’ivoire couverte de reliefs est l’œuvre de la guilde royale des sculpteurs d’ivoire Igbesanmwan – et probablement commandée par Oba Eresonyen (vers 1735 – 1750) au début de son règne en mémoire de son défunt père, Oba Akenzua I (vers 1713-1735).
Elle porte les stigmates du grand incendie qui détruisit presque entièrement la cité de Bénin lors des représailles britannique de 1897. Comme de nombreuses autres défenses d’ivoire descendues des autels ancestraux par le corps expéditionnaire puis couchées à même le sol dans une cour centrale extérieure du palais de l’Oba (le roi), elle fut sévèrement brûlée lorsque les bâtiments palatiaux en bois prirent feu. Comme des milliers d’autres objets royaux, la défense actuellement dans les collections du MEG, venait d’être saisie pour être vendue à Londres.
Vendue le 11 août 1898 à la maison de ventes aux enchères Stevens à Londres, la défense d’ivoire est entrée en possession de l’antiquaire William D. Webster (1868-1913) entre 1898 et 1902 puis vendue par lui le 3 juin 1902, de nouveau à la maison de ventes aux enchères Stevens. Le numéro d’inventaire apposé par Webster «5443 » est toujours lisible sur la défense.
A ce jour, aucune information ne permet de comprendre où et entre les mains de qui la défense d’ivoire a circulé entre 1902 et 1948. Il est très probable qu’elle soit restée sur le sol anglais puisque sa trace est à nouveau documentée à Londres au sein de la Berkeley Gallery. Son propriétaire est en effet le célèbre marchand William Ohly (1883-1955). Ce dernier la cède à son tour au Musée d’ethnographie de Genève pour la somme de 2571.30 CHF, une somme conséquente réunie grâce aux cotisations de neuf mécènes du musée.
Au MEG, les trois artefacts concernés par ce transfert de propriété
Les recherches en provenance publiées dans le rapport de l’Initiative Bénin Suisse en 2023 démontrent formellement que la grande défense d’ivoire sculptée (MEG Inv. 021934) ainsi que le masque de ceinture en alliage de cuivre (MEG Inv. 020501) sont des pièces du butin pillé au palais royal de Bénin lors de l’occupation militaire anglaise de 1897. La cloche d’autel (MEG Inv. 027421), a été probablement spoliée elle aussi, car son style comme sa facture permettent de dater sa création et son usage cérémoniel du 18e siècle ou du début du 19e siècle.
Ces trois biens culturels font partie d’un ensemble de 9 pièces originaires du royaume de Bénin au Nigéria dans les collections du MEG. Toutes ont été acquises par le musée au 20e siècle, entre 1901 et 1965, sur le marché de l’art européen, sauf la dernière, achetée à Lagos au Nigéria et d’un style résolument «moderne». Six artefacts sur les neuf originaires du royaume de Bénin n’ont donc clairement pas été spoliés en 1897, comme en atteste le style de leur facture et resteront dans les collections du musée.